Vendredi 20 novembre 2009
Moment privilégié que celui que je m'octroie chaque jour ou presque. Ma demi-heure de vélo.
Un des 'quatre piliers anticancer' pour éviter la rechute (chutes, par contre...) alors je fonce !
Pas terrible le changement d'heure d'ailleurs, parce que faire du vélo la nuit, bof, bof...

C'est fou ce que ça me fait du bien, mais attention, pas qu'au sens physique. Non, je dirais même que ça me fais plus de bien au mental. C'est un moment juste pour moi, où je me retrouve. Bon, pour rien vous cacher, je ne pense presque qu'à ma maladie pendant cette demi-heure-là. Oui, c'est bête. Quoique. j'avance.
Je songe à l'effort que cela me demande, moi qui avais toujours détesté le sport. Je sens que mes muscles ne demandent pas mieux que de se sentir utiles ! J'ai l'impression de contenter ce corps q ui m'a trahi il y a peu. Je lui signifie que je tiens compte de lui maintenant. En gros, je me réconcilie, quoi.

En fait, je réfléchis à mort quand je pédale. Je ne me lave pas la tête, mais je dirai plutôt que je fais la lessive.
Et c'est fou comme les idées s'éclaircissent, les réponses arrivent, j'ai vraiment la sensation de nourrir mon cerveau.
Si, si. Et même que c'est prouvé scientifiquement ! En pédalant (ou en faisant du sport), on fabrique de la matière blanche qui nourrit la matière grise, c'est pas la classe, ça ?!

Lien à l'émission de radio-canada : Change ou meurs

Souvent, les gens trouvent plein de raisons pour ne pas faire de vélo. Je ne réplique plus, je veux pas me fâcher avec tout le monde. "Ah j'aimerai faire comme toi mais..." Les raisons invoquées sont toujours les mêmes : "c'est trop dangereux", "je n'ai pas de bon vélo", "je n'ai pas le temps", "je suis trop fatiguée".
No comment !
Par Mélilotus - Publié dans : ma boîte à songes
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Samedi 14 novembre 2009
Au début de mon cancer, on en parsemait un peu de partout dans les plats.

Mais il a rapidement fallu se rendre à l'évidence : personne à la maison, n'appréciait vraiment ce goût.
Alors j'ai continué en solo ma mixture curcuma / poivre / huile, et à la petite cuillère en une seule prise qu'on n'en parle plus pour le reste de la journée.
En général, j'avale ça discrètement.
Mon chéri n'aime pas trop me voir prendre ma 'dose', non pas parce qu'il n'y croit pas (quoique ?) mais parce qu'il trouve que ça fait trop d'un coup.


Or hier, ma fille me voit manger ma cuillère de curcuma.
Elle s'exclame en rigolant :
- "Ah ben dis-donc, ça doit vraiment être horrible d'avoir le cancer pour que tu manges ça !
- ça, tu l'as dis !"
On a bien ri toutes les deux...


Pour ceux qui ne connaissent pas les effets positifs du curcuma sur les cellules cancéreuses, voici un lien.
Par Mélilotus - Publié dans : nutrition
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Vendredi 13 novembre 2009

J'ai retrouvé un texte que j'avais écris il y a bientôt un an.

Je l'avais intitulé 'Quand je me réveille'.

J'y avais décris ma vie depuis le cancer. Une espèce d'état des lieux, assez effarant y compris pour moi. Et puis je l'avais mis sur un blog, dans un quart d'heure d'audace. Fait lire à quelques proches.

Et puis je l'ai oublié.

 

Un an après, je me suis dit que ce serait marrant de le relire, et surtout de voir qu'étant donné que j'allais mieux, que le temps avait passé, plein de lignes seraient obsolètes. Voilà ce que je me disais. Tiens, je pourrais les mettre en grisé, pour voir un peu mes 'progrès'...

 

Résultat des courses, très peu de grisés.

Un peu déçue par cette découverte...

 

Par contre, même si je remâche toujours les mêmes choses, plus ou moins idiotes, elles sont moins douloureuses. Comme des vieux tatouages qui auraient perdus de leurs couleurs... On regrette qu'ils existent, mais on ne peut rien y faire, à part les couvrir du regard des autres.

 

 


Ici du henné noir temporaire, lui. Plutôt joli, non ?



Je vous livre donc ce texte, qui n'a finalement pas pris tant que je l'espérais, un coup de vieux :

 

 

 

"Quand je me réveille, je pense à mon cancer, c’est ma première pensée.

Quand je déjeune, je ne mange QUE des aliments anticancers bios.

Quand je rentre dans ma baignoire, je sens mes genoux fragilisés par les chimios.

Quand je prends ma douche, je ne peux pas ne pas toucher la cicatrice de mon cancer.

Quand je m’habille, je vois la cicatrice de mon cancer dans la glace.

Quand je mets mon soutien-gorge avec ma prothèse, je pense à mon cancer.

Quand je touche ou vois mes cheveux dans une glace, je me rappelle du temps où ils étaient très longs, ou alors du temps ou je n’en avais plus.

Quand j’enlève un col roulé, j’ai encore le réflexe de retenir ma perruque alors que je n’en ai plus.

 

Quand je m’occupe de mon bébé, je pense souvent à la difficulté de m’en occuper à cause de mon cancer.

Quand je lui donne le biberon, je pense aux biberons en plastique que je lui ai donné pendant 9 mois par manque d’infos sur les risques de cancers dûs au bisphénol A.

Quand il se blottit contre ma poitrine, je pense que je n’ai pas pu l’allaiter à cause de mon cancer du sein.

Quand je le porte, j’ai un peu mal à mon côté opéré et je repense à mon cancer.

Quand j’ai du mal à supporter le bruit et le bazar qu’il fait dans la maison, je me dis que je suis encore très fatiguée de mon cancer.

Quand j’ai des moments très doux avec mes enfants, je me demande jusqu’à quand mon cancer me laissera tranquille.


Quand je rencontre quelqu’un et qu’il me dit « Ca va ? », je me demande s’il parle de mon cancer.

Quand je suis à mon travail et que je rencontre des gens que je cotoyais avant, je me demande s’ils savent que j’ai eu un cancer.

Quand je croise des gens dans la rue, je me dis que cela ne se voit pas que j’ai eu un cancer.

Quand j’attends mon fils à la sortie de l’école, et qu’une maman que je ne connais pas spécialement, me fait un sourire, je me demande si c’est parce qu’elle sait que j’ai eu un cancer.

Quand les maîtresses me disent que tout va bien à l’école pour mon fils, je me demande si elles me disent cela seulement parce que j’ai eu un cancer ou parce que c’est vrai.

Parfois quand je croise une inconnue, je me dis que peut-être elle aussi a eu un cancer.

 

Quand je vais aux courses, je pense aux aliments anticancers que je dois acheter.

Quand je veux acheter une ‘fantaisie’ pour mes enfants, je lis les étiquettes pour m’apercevoir que cela contient des ingrédients cancérigènes.

Quand je charrie les sacs de courses, je pense bien à ne pas utiliser mon bras droit opéré.

Quand j’achète des vêtements pour mes enfants, je pense aux phtalates qu’ils contiennent et qui sont cancérigènes.

 

Quand c’est la Toussaint et qu’on va au cimetière, je pense à ma mort et mes enfants qui viendront fleurir ma tombe.

Quand arrive Noël comme maintenant, je repense à l’année de mon cancer où je pensais que ce serait le dernier noël.

Quand je fête l’anniversaire d’un de mes enfants, je me demande combien d’autres je vivrais.

Quand j’écris mon journal, je feuillette toujours un peu les pages d’avant mon cancer.

  

Quand je fais ma demi heure de vélo quotidienne, je pense que je vainc le cancer.

Quand il y a des grosses montées et que j’en bave, je suis contente car j’ai l’impression de soigner mon cancer encore mieux.

Quand je reviens à la maison et que je m’affale sur le canapé, totalement lessivée, je me rends bien compte que le vélo ne me fatiguait pas tant avant mon cancer.

Quand je n’ai pas pu faire ma demi-heure de sport quotidienne, j’ai peur que le cancer gagne.

 

Quand on me propose un café, je le refuse car je veux un thé vert anticancer.

Quand je bois du vin rouge, je pense à ses vertus anticancers.

Quand je mange quelque chose sucré, je pense à mon cancer et je me dis que je donne de l’engrais à mon cancer.

Quand je picore des framboises dans le jardin, je pense à mon cancer.

Si je bois une tisane, elle est forcément anticancer.


Quand j’ai mal au dos, je me demande si mon cancer est allé dans mes os.

Quand j’ai mal à la tête, rarement heureusement, je me demande si c’est une métastase au cerveau.

Quand je tousse, j’ose espérer que c’est un mauvais rhume et pas un cancer aux poumons.

Quand j’ai des douleurs abdominales, je pense que c’est peut-être une extension de mon cancer et j’essaie de penser à autre chose.

Quand j’ai mal à mes dorsales, je me dis qu’il doit y avoir des ganglions vers le cou et que peut-être des cellules cancéreuses y ont migré.

Quand j’ai mal aux genous, et c’est souvent, je pense aux chimios qui ont fragilisé mes articulations de façon définitive.

Quand je vais à Valence, je repense à l’époque où j’y allais tous les jours pour la radiothérapie.

Quand j’ai mes règles, je me rappelle qu’on m’avait dit que peut-être je ne les aurais plus à cause des chimios.

 

Quand je vais chez le médecin, j’apporte mon gros classeur ‘cancer’.

Tous les jours, je prends des compléments vitamines et autres, pour m’aider à lutter contre le cancer.

 

Quand je vais bien, je me dis que le cancer me laisse du répis.

Quand je vais mal, je me demande quand mon cancer me laissera-t-il du répis ?

Quand je stresse, je me dis que je donne à manger à mon cancer.

Quand je vois un superbe coucher de soleil, je me dis que je devrais vraiment l’apprécier si je meurs bientôt.

Quand je pense à l’avenir, je ne peux pas ne pas penser à ma disparition.

Quand je vais sur internet, je ne peux pas m’empêcher d’aller sur Guérir.fr, comme si j’attendais une brève de DSS annonçant un vaccin contre le cancer !


Quand je mets mes pantoufles, je me rappelles que je les ai acheté pour en avoir des correctes à l’hôpital.

Quand je vais me coucher, je sais que j’aurais du mal à m’endormir car je penserais à mon cancer.

Quand je mets ma bouillotte tout contre moi pour m’endormir, je me demande si les fortes chaleurs sur le ventre pourraient tuer les éventuelles métastases ou alors les accélérer, sachant biensûr qu’aucune étude n’aura été faite sur le sujet !

Quand je me réveille dans la nuit, je me rappelle des nuits blanches que j’ai passé au début de mon cancer.


Et pourtant, cela fait maintenant 15 mois… !"

                                                                                                                                                                                 1er déc. 2008

Par Mélilotus - Publié dans : ma boîte à songes
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Dimanche 8 novembre 2009
Terminé. Et je ne reverrai ainsi plus le petit tableau qui traînait sur son bureau, représentant le Christ descendu de la croix...
Quand je lui avais fait remarquer que ce n'était pas très gai comme image à avoir sous les yeux toute la journée, elle m'a répondu que c'était ce qu'elle vivait au quotidien dans son travail.... Glups !
Bonjour l'ambiance !!!!
Face à cette femme au haut 'pedigree' professionnel, je me suis toujours sentie comme une minuscule fourmi, et elle une espèce de vieille éléphante. Non pas qu'elle montrait du mépris ou quoi que ce soit de négatif, mais elle avait une distance telle...
Le pire, c'est que j'ai trouvé sur internet une interview d'elle, où elle expliquait que depuis toute petite, elle avait voulu faire un métier pour aider les autres. Que cela remontait loin chez elle. Et que naturellement, elle s'était orientée vers la cancéro, etc...
Je me dis que c'est vraiment dommage qu'une personne comme elle n'ait pas atteint son but, côté humain, je veux dire. Car pour ce qui est de mon cancer, on peut dire qu'elle s'en est bien tiré. Mais pour le petit 'plus', c'est raté.
Enfin, je parle pour moi.

Ah oui, j'ai oublié de vous dire, je ne la reverrai plus car elle a changé d'hôpital, elle est allée soigner d'autres mourants ailleurs...
Je l'ai appris par hasard, et j'avoue en avoir été très vexée. Je me dis que si j'étais oncologue à suivre des chemins de croix et aussi des descentes au tombeau, je ne pourrai pas quitter les gens comme ça, sans prévenir.
Oui, d'accord, je ne suis pas oncologue.
Mais on ne quitte pas un endroit sur un coup de tête bon sang ! Un petit mot, hein ? ...non ?... ça se fait pas ?... Ha bon.

Orpheline. Abandonnée.

Oh biensûr, je vais avoir une remplaçante, que je connais d'ailleurs. J'ai eu affaire à elle une fois, chimio n°3.
Ce fameux jour, elle a pris la décision de réduire mes doses de produits (transaminases trop élevés). Moi qui aurait bien aimé double dose, me les réduire ! Alors j'ai forcément un peu de mal avec elle, surtout qu'elle n'a pas pris de pincettes pour me l'annoncer. Ca reste pour moi le PIRE MOMENT de toute cette mésaventure cancéreuse (heu... à part l'annonce). Tiens, mais au fait, c'était un 8 novembre...
Bon, bon, bon. Va falloir que je lui pardonne si j'en juge ce tableau. L'avenir me le dira.


Par Mélilotus - Publié dans : traitements
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Vendredi 6 novembre 2009
Ce mois d'octobre a été un déluge de poitrines nues, belles et en pleine santé, de top-modèles ou d'anonymes, pour nous dire d'aller nous faire dépister. Sur son blog, Catherine en a  fait le tour.
C'est sûr que pour le col de l'utérus, ce serait moins glamour !
L'idée avait démarré il y a 2 ans, avec une pub sur Marie-Claire : Je m'étais d'ailleurs amusée à la bidouiller sur mon blog : Ah les magazines féminins...
Je trouvais cette campagne pertinente, sympa, et pour le coup, novatrice, même si je déteste les magazines féminins et leur diktat de ce qui est in ou out, le pompon (bien que je ne sois pas une spécialiste) allant à Elle.
Mais là, franchement, tout ce qu'on a vu ce mois d'octobre, vraiment, ras-le-bol !

Pourquoi ? Et bien parce que ça me renvois EVIDEMMENT au fait que je suis une amazone, état de fait que j'arrive à peu près bien à gérer, mais sauf quand je vois des seins partout, mince !
Et ne me dites pas de me faire reconstruire, car je mords !

Car dès qu'on parle d'ablation du sein, hop, on parle de reconstruction. Ca va ensemble.
Quand la chirurgienne m'en a parlé, c'était le jour de l'annonce de mon cancer, alors je ne lui en veux pas. D'abord parce que c'est son job, et ensuite parce qu'elle voulait montrer qu'il y aurait un 'après'.
Mais quand j'en entends parler en permanence sur les sites sur le cancer, les blogs, plein de témoignages disant que c'est formidable, je ne le regrette pas, etc... Pour moi, c'est comme une dictature ! Même sur le site des Impatientes, vlan, plein la poire, c'est un comble !
La majorité (oui, car seulement 15% des nanas se font reconstruire ! 15%) est ... silencieuse. On en arriverait presque à se sentir anormale parce quon voudrait pas se faire reconstruire. Ben oui, pour répondre à nouveau au diktat de la norme, de la mode.
La mastectomie est un vrai tabou, bien plus que le cancer lui-même.
Parmi les gens qui ont su que j'avais un cancer, personne ne m'a jamais demandé si j'avais perdu mon sein, comment je le vivais, etc... Alors qu'on me questionnais sur les chimios, les cheveux, les rayons, etc... Niet sur mon 'trou'. Tabou total.

Je vous conseille de lire un article qui ENFIN met en lumière le malaise de la société face au sein manquant. Un article passionnant et qui m'a fait un bien fou. VRAIMENT ! Je n'avais encore rien lu de tel sur le sujet, j'ai bu toutes les paroles de ce sénologue, il a écrit tout ce que je ressens et que je ne sais dire.


Voici une superbe photo 'The Warrior' la bien nommée, il s'agit de l'écrivain Deena Metzger en 1978. Elle est maintenant une vieille personne toujours survivante en 2009. Cette photo me touche encore plus peut-être que Matuschka, car elle montre une personne victorieuse et profondément vivante.
Photograph © Hella Hamid.

Par Mélilotus - Publié dans : mastectomie
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